Liv Ullmann et Erland Josephson, parce que c'était eux

Cette rencontre est filmée dans un lieu vide, un lieu neutre. Aucun signe ne donne à l'espace une dimension symbolique, anecdotique ou référentielle.
Deux fauteuils, un fond noir, c'est la lumière très nette sur les visages qui se fait réceptacle de la parole. Parole nue, libre, révélant l'incertitude, le mouvement du souvenir qui peu à peu se déploie et, à la fois, doute de lui. Parole issue, toujours, d'un centre de gravité, mais qui se crée en se cherchant : on sent qu'elle s'invente petit à petit par le face à face avec l'autre, qui, lui, se consacre à l'écoute. Il faut rendre la caméra sensible à d'autres attributs du langage : les silences qui naissent dans une réflexion en mouvement ou bien à travers une formulation qui se cherche. Saisir un frémissement d'émotion, un passage à vide, ou un brusque éclat de rire.
Liv Ullmann et Erland Josephson sont tous deux acteurs et metteurs en scène ; ils ont une parfaite connaissance de cette vie impalpable et fragile qui atteint en profondeur et de manière irrationnelle celui qui la reçoit : le sens feutré d'un glissement du regard ou ce qui s'exprime dans le temps d'une phrase, d'un geste, d'une intonation.
Cet amour qui nous saisit lors de plans rapprochés du visage où se voient les mouvements les plus infimes, ne serait-ce pas la substance entière du cinéma, cet indicible qui troue la représentation de soi-même.
C'est à partir de ce savoir instinctif que Liv Ullmann et Erland Josephson ont, tous les deux, accepté de se soumettre à ces moments de trouble, et à leur captation.
Ce lieu unique dans lequel se fait le film, salle de répétitions du Théâtre Royal de Stockholm dans laquelle Bergman a beaucoup travaillé, c'est avant tout dans l'espoir de révéler un autre espace, celui, sans limites, que la parole ouvre et qu'elle dilate par prolifération d'images, de sensations, et d'émotions. Et aussi, dans ce périmètre minimal, peuvent plus librement se mêler plusieurs temps, passé, présent et futur. On finit par croire que se superposent ces deux visages si fascinants, si mystérieux dans leur étonnante capacité à transmettre la vie.
Ces deux comédiens sont inscrits d'une manière fondamentale au c?ur de l'?uvre de Bergman. Parce que, ensemble et séparément, ils ont joué dans un grand nombre de films et de productions théâtrales du metteur en scène suédois. Josephson et Bergman se sont rencontrés au théâtre de l'université de Stockholm en 1940. Le jeune acteur apparaît déjà dans un des premiers films de Bergman en 1946. Liv Ullmann, elle, entre dans cette histoire en 1965 pour imprimer définitivement son visage dans Persona. Parce qu'un lien d'intimité fécond les réunit. Un lien affectif et professionnel, complexe et vivant.
Au-delà de leurs collaborations bergmaniennes, quelque chose de profond, comme une amitié inaltérable, les unit. Quand Josephson réalise son premier film (La révolution des confitures), c'est Liv qu'il filme ; quand Ullmann réalise son premier film (Sophia), c'est Erland qu'elle filme et à qui elle offre un de ses plus beaux rôles.
AB

Extrait

Fiche technique

Liv Ullmann et Erland Josephson, parce que c'était eux - Le seul visage part 3

Documentaire 59' VOSTF
Scénario & réalisation Alexandre Barry
Avec Liv Ullmann & Erland Josephson
Son Yves Coméliau Images : Frédéric Bonnet - ?ric Pinatel
Montage : Frédéric Bonnet
Mixage : Nicolas Guadano
Traduction et sous-titrage Paola Didong
Produit par POINT DU JOUR/TV5/CIN?CIN?MA -2004
Sélection aux Rencontres Internationales Paris/Berlin/Madrid - 2005
Festival international du film de La Rochelle ?? 2004

Le DVD de Parce que c'était eux est disponible aux éditions MK2 vidéo