Le vent souffle où il veut

Parfois, il arrive qu'un projet s'impose presque de lui-même et qu'il devienne, en un instant, impossible de ne pas le réaliser. Parce que ce projet-là, on peut en rêver beaucoup.
Mais aussi parce qu'on sait qu'il ne naît pas d'une simple idée mais s'impose avant tout comme le prolongement évident d'un travail engagé il y a plusieurs années. J'ai déjà réalisé deux films consacrés à Claude Régy et son travail, Claude Régy, Par les abîmes ?? (2002) et Claude Régy, La brûlure du monde - (2004). Des films composés d'entretiens évoquant son parcours de metteur en scène, sa recherche et le rapport vivant (vital) qui le lie à son art.
Le centre de ce film c'est Claude Régy, 87 ans. J'ai choisi de le filmer au long cours d'une tournée de plusieurs mois du spectacle  Ode Maritime  de Fernando Pessoa, en France, au Portugal, au Japon. C'est donc un homme au travail, à la fois immergé dans un travail toujours en cours et dans un temps particulier, flottant, où la disponibilité à soi-même permet aussi déjà d'imaginer une suite, ce qui viendra après et qui n'existe encore que sous la forme de d'intuitions obscures et de directions incertaines. C'est cette genèse de l'?uvre à venir, faite de doutes, d'impasses et de mystérieux cheminements qui apparaîtra dans le film, en filigranes, à travers une suite de séquences réalisées durant cette tournée.
Ce projet est une tentative de s'approcher au plus près de la présence d'un être et de saisir des instants de vie d'un artiste. Claude Régy possède cette rare faculté d'avoir su créer une cohérence parfaite entre sa manière de penser la vie et sa manière de la vivre. De même, les caractéristiques singulières de son travail et de l'univers sensible qui en découle sont celles qui définissent sa façon de vivre. C'est ce lien absolu qui donne à sa personnalité son unicité, sa force et sa fragilité.
Le film sera aussi composé de séquences muettes, le plus souvent nocturnes. Sur certaines d'entre elles, interviendra la voix de Claude, en off, dissociée de l'image. Comme un monologue intérieur, il lira quelques extraits de ses livres, (Espaces perdus, L'ordre des morts, L'état d'incertitude, Au-delà des larmes), notes de travail et réflexions menées tout au long de son parcours. Des textes évoquant la création artistique, s'ouvrant aussi à des pensées d'un ordre plus général, universel.
Parce que la voix seule, dissociée de la bouche qui parle, fait mieux sentir l'intime au centre de lieux ou d'ambiances qui l'élargissent jusqu'à l'infini.
Et encore davantage quand cette voix est celle de l'auteur des textes lus. La musique aussi aura son importance. Non comme un moyen d'illustration mais comme moteur dramatique dans sa rencontre avec l'image. Mouvements de cordes pour orchestre composés par Jonny Greenwood. Tantôt nappes de métal s'écoulant au ralenti, majestueuses et étales, tantôt lignes de fuites esquissées par un seul violon. Une musique qui semble résonner dans le vide de l'existence. Une musique aux accents lyriques résolument assumés qui s'immisceront au c?ur des images, créant un fil les reliant invisiblement entre elles.
Claude R., le vent souffle où il veut se présente comme un film composé d'images hétéroclites, fixes ou en mouvements, muettes ou mettant en scène la parole, de voix directe et de voix off, de plages silencieuses ou musicales. Il est conçu comme un assemblage chaotique de visions, de fragments volés au temps, d'instantanés, qui dessineront les contours d'une présence ; esquisseront les traits d'un visage.
AB

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Fiche technique

Le vent souffle où il veut

Fiction 60'
Scénario & réalisation Alexandre Barry
Avec Claude Régy
Son Yves Coméliau Images : Alexandre Barry
Produit par SIMER/ FONDATION PIERRE BERG? -YVES SAINT LAURENT-2010